À l’occasion de l’ouverture solennelle de l’année pastorale 2026-2027 au moyen séminaire Saint-Louis de Ziguinchor, l’évêque du diocèse, Mgr Jean-Baptiste Valter Manga, a livré une homélie forte, profondément ancrée dans l’Évangile et les réalités sociales de la Casamance. Devant les fidèles, il a lancé un vibrant appel à la défense des veuves, des orphelins et des étrangers, dimanche 25 octobre, tout en dénonçant certaines pratiques du veuvage qu’il juge incompatibles avec la foi chrétienne.

Dans une méditation nourrie par les textes bibliques du jour et prolongée par les réflexions issues de la rencontre diocésaine des femmes à Elinkine, monseigneur Jean-Baptiste Valter Manga a placé au cœur de son message les figures de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger, ces personnes que les Saintes Écritures présentent comme les plus vulnérables de la société.

S’appuyant sur la première lecture, il a rappelé l’exigence divine de protection des plus faibles. « Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin », a-t-il cité, soulignant que Dieu lui-même se présente dans la Bible comme « le défenseur des veuves et le père des orphelins ».

Pour illustrer cette sollicitude divine, l’évêque a parcouru plusieurs passages bibliques évoquant des figures marquantes de veuves. Il a notamment cité Noémie et Ruth, symbole de fidélité et de solidarité familiale, la veuve de Sarepta qui partage son dernier repas avec le prophète Élie, ainsi que la veuve de Naïm dont le fils unique est ressuscité par Jésus. Il a également rappelé l’exemple de générosité donné par la pauvre veuve de l’Évangile qui offre au Temple tout ce qu’elle possède pour vivre.

À travers ces références, Mgr Manga a voulu montrer que la Parole de Dieu ne présente jamais la veuve comme une personne à marginaliser ou à humilier, mais comme un être à protéger, à soutenir et à accompagner.

Abordant ensuite la question sensible du veuvage dans le diocèse, l’évêque a longuement décrit certaines pratiques traditionnelles encore observées dans plusieurs localités de la région. Citant les travaux de l’abbé Lucien-Émile Basse, il a rappelé les nombreuses contraintes imposées aux veuves : bains rituels, interdictions diverses, isolement, alimentation particulière, privations, rites symboliques et parfois même spoliation de leurs biens.

Pour le pasteur du diocèse de Ziguinchor, nombre de ces coutumes se sont progressivement ajoutées au fil des siècles au point d’éloigner la pratique du véritable message évangélique. « Ce qui est fait dans le veuvage que je viens de décrire, c’est pour malmener la femme veuve et ce n’est pas évangélique », a-t-il affirmé avec fermeté.

Sans remettre en cause les dimensions spirituelles qui peuvent aider les personnes endeuillées, il a toutefois insisté sur la nécessité de distinguer ce qui relève de la foi chrétienne de ce qui constitue une source de souffrance ou d’humiliation pour les femmes. Il a salué les aspects positifs du parcours spirituel de certaines veuves, notamment la fréquentation régulière de la messe et la pratique du chapelet, mais a rejeté les rites qu’il estime contraires à la dignité humaine et à l’enseignement de l’Église.

L’évêque a ainsi réaffirmé les orientations prises dans le cadre du synode diocésain visant à faire du veuvage un temps de recueillement, de prière et d’espérance plutôt qu’une période de maltraitance et d’exclusion.

S’adressant directement aux femmes, il les a invitées à devenir elles-mêmes les actrices du changement culturel souhaité par l’Église.

Il a également demandé aux prêtres et aux responsables pastoraux de veiller à l’application effective des nouvelles orientations diocésaines.

Au-delà de la question du veuvage, le prélat a élargi son propos à la situation des orphelins et des étrangers, appelant l’ensemble des fidèles à développer une culture de l’accueil et de la solidarité.

Dans l’un des passages les plus marquants de son homélie, Mgr Manga a dénoncé la montée des attitudes xénophobes observées dans certaines communautés. Il a regretté la tendance à stigmatiser systématiquement les étrangers lorsqu’un fait divers survient, tout en fermant les yeux sur les responsabilités des populations locales.

« Les chrétiens que nous sommes devons lutter contre la xénophobie, le refus de l’étranger. Nous devons protéger l’étranger »,  car l’identité chrétienne se mesure à la capacité d’accueillir, de protéger et de défendre les plus vulnérables, quelle que soit leur origine.

En ouvrant officiellement l’année pastorale 2026-2027, l’évêque de Ziguinchor a ainsi fixé une orientation claire à l’action de l’Église diocésaine : faire de cette nouvelle année un temps d’attention particulière aux plus faibles, aux veuves, aux orphelins et aux étrangers.

Un appel qui résonne comme une invitation à bâtir des communautés chrétiennes plus marquées par la compassion, la justice et la fraternité, afin que l’épreuve puisse véritablement devenir un chemin d’espérance pour tous.

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